141 438 mètres à la rame sur un rameur Concept2 et un nouveau né dans le monde des records du monde en catégorie Handisport (24 HEURES SOLO).
Mètre par mètre, heure par heure pendant 24h, j’ai ramé pour réaliser une première Mondiale. Il fait chaud et la chaleur est écrasante, pourtant je suis protégé par une tonnelle. Dès les premières minutes, je transpire énormément et je décide de me ravitailler en eau tous les 5km soit presque toutes les demi heures. Après 10km de rame, je stoppe et je prends le temps marcher, boire une bière et manger une banane. Toutes les 2h, je mange une assiette de pâte sauf après 100km où je n’arrive plus à manger, si ce n’est des bananes.
Je me suis lancé encore un sacré défi. Sans aucune base, pour savoir où je vais et sans avoir la moindre préparation pour ce type d’effort (alors que des conseils m'avaient été transmis par Concept2). Après 50km, je décide de stopper 2h30. La chaleur est insupportable et j’ai le soleil en pleine face… Le doute commence a s’installer, mais je pense déjà à la nuit tombée et un peu plus de fraîcheur.
A 22h30, je décide de reprendre, mais je suis dans le noir sans lumière. Difficile de voir l’écran PM3 de mon ergomètre Concept 2 et de connaître ma cadence et la distance que je parcours. Après une demi-heure, j’ai enfin de la lumière et je peux donc repartir. Je suis obliger de réduire ma vitesse et je me cale à 2mn45 au 500m.
Les avant bras me font souffrir et le dos commence à me faire comprendre que le manque d'entraînement va se payer cher. Pourtant en moins de 12h, je fais 75km et je passerai la barre des 100km en 13h17mn. Mais, les douleurs sont de plus en plus conséquentes et lorsque je redémarre après une pose, je suis contraint de ramer à 3mn / 500m. C’est dur pour le moral, mais je sais qu’il faut tenir. Malgré tout, je continue et il m’arrive souvent de stopper pour boire.
A 8h du matin, on m’annonce l’arrivée d’un kiné. Enfin, je vais pouvoir me faire masser pour mieux repartir. Les avant bras et le dos sont durs comme du béton. J’ai une douleur intercostale. Après le massage, je me sens mieux pour le dos mais la douleur abdominale et des avant bras ne me lâcheront pas. J’ai des ampoules aux mains et je ne m’en suis même pas aperçu.
Sur le conseil d’un ami, je m’allonge pour une courte sieste. Au réveil, c’est dur de remettre le pied à l’étrier, mais je sais qu’après les 100 bornes, ce sera du bonus…
100km, c’est une barre symbolique qui n’est pas donné à tout le monde et je le sais. Je suis déjà heureux d’en avoir fait autant. Je savais que ce serait difficile et c’est ce que j’aime. Certes, je ne suis pas affûté pour ce genre de défi mais le mental compte dans ce type d’épreuve, c’est ce qui fait la différence. Pendant ces 24h, je suis énormément encouragé et plus les heures avancent et plus, je sens les gens qui m’accompagnent.

Tous les autres concurrents sont en basquets et court ces 24 heures. J’avais proposé à l’organisateur de venir pour soutenir l’association Quentin. Mais à peine sorti d’une blessure et avec mon surpoids, je ne me voyais pas courir, c’est pour cela que j’ai proposé ce défi. Et puis courir ou ramer pour les autres, pour ceux qui n’ont pas la chance de le faire est sans nul doute l’une des plus belles choses que peut faire un sportif.
A chaque fois que je tire sur la poignée du rameur, j’avance encore et encore. Je m’étais fixé 150km mais je sais que le pari est énorme. Il ne reste plus qu’une heure. Je suis vidé mais il faut reprendre. Je ne vais pas atteindre mon objectif, mais je réalise une belle performance. Et puis, je suis le premier rameur Handi à me lancer un tel challenge.
Les derniers kilomètres sont parcourus mètre par mètre. Je sens la rage monter et j’arrive à faire le vide autour de moi. Seul face à moi-même. La cadence augmente, les coups deviennent plus précis. Encore et encore, je tire fort et pousse nerveusement sur mes jambes. Je termine mes derniers mètres à 1mn45 / 500m de moyenne.
« Peu m’importe la performance, c’est l’envie qui génère la passion et la passion qui nous permet de donner le meilleur de soit même »
Franck FESTOR
Premier handi au monde à ramer seul 24 heures sur un rameur Concept2. Le 26 juin 2010. Distance parcourue : 141 438 mètres.
↑ Consulter le classement des longues distances :